mardi 13 mai 2008

Perspective historique




On pourrait en faire un titre de thèse: L'impact du traumatisme génocidaire dans la transmission de l'histoire. Troublant cette façon d'omettre des points importants dans la transmission de l'histoire récente.

Dimanche dernier, j'ai assisté à un Forum organisé par Youth Resource for Development (YRDP) un des partenaires de Développement et Paix au Cambodge. Le thème de ce forum: l'histoire des Khmers rouges et quels sont les facteurs qui peuvent expliquer la naissance et le maintien d'un tel régime. Une centaine de jeunes universitaires (de 18 à 25 ans) participaient à ce Forum. Ce qui était troublant, du point de vue d'une étrangère à tout le moins, c'est l'ignorance de ces jeunes universitaires, malgré leur visible soif d'apprendre, de l'histoire, récente de leur pays.

Sokhea,le Directeur de YRDP m'explique que les livres d'histoire ne contiennent que peu ou pas de références au Khmers rouges, que malgré le procès sur les crimes contre l'humanité commis par le régime Khmer rouge peu de gens parlent de la situation. Sambath, aussi de YRDP, me dit que ces jeunes sont trop jeunes pour avoir vécu le régime Khmer,...mais et leur parents alors, ai-je demandé? Je me fais répondre que la plupart d'entre eux souhaitent oublier cette période de leur vie et de l'histoire cambodgienne et que peu sont prêts à en parler. Ce qui se comprends contenu des horreurs vécus (et commise, malheureusement), j'imagine. Ce qui rend encore plus émouvant le témoignage de M. Vann Nath un des seuls survivants de la prison de Toul Sleng, ou S21. Lorsqu'il parlait, on pouvait entendre le bruissement d'ailes de mouche (et le murmure des gens qui faisaient la traduction!).

Ce qui, selon moi, faisait de ce Forum une rencontre vraiment intéressante, c'est que l'emphase n'était pas mise uniquement sur les vistimes de cette periode, mais aussi sur l'analyse (comment et pourquoi un tel régime est-il possible,et surtout comment s'assurer que ça ne se reproduise pas?), et sur les rôles et responsabilités de ces jeunes privilégiés (aller à l'université et pouvoir assister le dimanche à un forum au lieu de travailler, fait des ces jeunes des gens choyés de la société cambodgienne à n'en pas douter!) pour s'assurer que quelque cose de semblable ne reviennentse reproduisent pas. Enfin,la dernière présentation portait sur le tribunal et sur la nécessité, dans un État de droit, d'assurer la défense des accusés et surtout de fonder les sentences sur des preuves. Ce que les jeunes avaient plutôt de la difficulté à comprendre(et moi aussi, parfois),c'est comment pouvons-nous justifier de défendre les responsables de ces crimes? Parce que, comme l'a si bien dit le présentateur: l'État de droit est ce qui nous distinguera des Khmers rouge. Et l'État de droit est loin d'être acquis ici!

vendredi 9 mai 2008

Ce n'est qu'un au revoir

Voilà, le séjour aux Philippines se termine. Et j'ai le coeur brisé!! Pas facile cette vie de chargée de programme. C'est une vie plutôt bohême où des liens se tissent inévitablement parce que les émotions vécues et partagées sont intenses et assez uniques. Durant cette visite, j'ai vraiment eu l'impression d'assister, voir même de prendre part, à des activités qui pouvaient effectivement changer,pour le mieux, les Philippines. J'ai eu la chance d'échanger plus librement avec des gens qui croient en ce qu'ils font, qu'ils le font bien et dont certains qui ont été des stratèges du People's Power qui a fait tomber Marcos. Des gens assez extraordinaires, qui ont l'humilité de partager et d'écouter une ti-culs de 32 ans partager ses impressions et son analyse sur la situation aux Philippines et sur les stratégies pour que ces mouvements puissent atteindre leurs objectifs. IComme chargée de programme, il faut une certaine balance entre avoir du front, de la confiance en soi, en sa capacité d'analyse, de jugement et aussi de la modestie devant ces grands du changement social.

Malheureusement, il est difficile de maintenir et d'enrichir ces relations quand deux océans nous séparent! À la fin de cette visite aux Philippines, je me sens donc comme à la fin d'un camps de vacances: triste mais aussi heureuse et choyée d'avoir vécu ces moments précieux. Ce qui ajoute à la nostalgie du départ est aussi le fait que je suis attachée aux Philippines car j'y ai vécue deux belles et mouvementées années. Par chance qu'amoureux, famille, amies, travail et Montréal (j'adore cette ville!) seront là pour m'accueillir et font en sorte que j'ai, parfois, un brin hâte de rentrer à la maison!

Et en plus, je quitte les Philippines, pour le Cambodge. Un autre pays fascinant, que je connais moins, mais avec d'autres partenaires à découvrir et des amitiés à construire...

À suivre donc...!

Fierté solidaire



Je sais, je sais les groupes avec lesquelles je travaille n'ont pas besoin d'une mère, n'empêche si vous saviez à quel point j'étais fière de voir quatre de nos partenaires travailler ensemble pour faire du lobby auprès du gouvernement pour que le programme de Réforme agraire soit prolongé avec des réformes majeures, en particulier en ce qui concerne l'accès au crédit, la juste compensation auprès des grands propriétaires et l'accès des femmes aux titres de propriétés.

Il s'agissait du troisième forum qui réunissait des rpréentants de la Conférences de Évêques des Philippines, des parlementaires et des représentants des mouvements paysans mais aussi des pauvres urbains.

Ce qui pour moi était fascinant et surtout si réjouissant c'est de voir la complicité qui commence à s'établir entre certains de nos partenaires pour arriver à changer vraiment les choses. Que des mouvements urbains et ruraux s'unissent, appuyer par Caritas Philippines(NASSA), m'a vraiment donné l'espoir qu'il est possible qu'ensemble nous arriions à améliorer la qualité de vie des Philippins. Parce qu'il me semble que ce n'est qu'en arrivant à surpasser les intérêts de secteur (pauvreté urbaine versus pauvreté rurale),que ce n'est qu'en créant un véritable réseau de solidarité, qui fera véritable Tsunami de changement social!

Répubique de bananes?


Agri-Aqua Development Coalition (AADC) est un regroupement d'organisations locales (surtout des coopératives agricoles, mais aussi d'autres formes d'associations citoyennes) de paysans et autres agriculteurs qui se sont réunis, parce que, comme on le sait, l'union fait la force!

AADC regroupe près d'une vingtaine de groupes qui proviennent de tous les coins de Mindanao. Mais ce qui fait de AADC un groupe si particulier,tout le moins pour Développement et Paix, est l'approche que la Coalition privilégie, c'est-à-dire une approche de développement d'entreprises communautaires.

Une bonne illustration de l'approche d'AADC est l'exemple du Banana Fresh Fries. Le secrétariat de AADC a négocié une entente de marché avec une compagnie privée intéressée à obtenir une quantité suffisante de bananes frites. AADC, par l'entremise de ses coop agricoles garantit le volume de production et El Coco (la compagnie) en retour forme les gens de la coop et fournit la machinerie pour produire des bananas frites de hautes qualitées (lire pour l'exportation). Toutefois, pour arriver au volume de production demandé, AADC a regroupé l'ensembe des coop de la communauté pour former ce qu'ils appellent un consortium. Qu'est—ce que ça veut dire un consortium? Que chacune des coop locales contribuent au succès de cette entreprise communautaire. Premièrement, une nouvelle association est créée et afin de veiller au bon roulement de l'usine de bananes, ensuite les fermiers de la coop agricole consentent à faire pousser des bananes dans une certaine superficie de leur terrain. Pour arriver à garantir le volume de production près de 5 000 hectares de bananes est nécessaire, mais puisque AADC est contre le monocroping, le nombre d'hectare est atteint parce que plusieur agriculteurs consentent à ce que X% de leur terrain soit réservé aux bananes et ils s'engagent à les vendre à l'usine de bananes. Ensuite, la coop d'huile de coco garantit l'approvisionnement en huile de l'usine, et ce à un prix plus qu'avantageux. Enfin,une coop de camions asure le transport des bananes frites.Tout ce qu,il reste, c'est créer une association qui va garantir l'approvisionnement en bois pour chauffer l'huile.

L'usine (qui fonctionne sous forme de coop) engage directement près d'une centaine de personne du village.Après deux mois en fonctions, et malgré des anicroches de départ, tout semble bien rouler!

Ah,est-ce que j'ai mentionné que la production de banane est entièrement biologique??

Je vous le dis, à petit pas et avec beaucoup de bonnes volonté et de travail on peut changer le monde!

jeudi 1 mai 2008

Food crisis?? No! Price crisis!




C'est du moins ce que vous répondront la plupart des membres du réseau d'agriculture biologique de NASSA (Caritas Philippines). Convertis aux bienfaits de l'agriculture bio, Inday et Jerry, mes hôtes, m'ont convaincue que dans le cas des Philippines, cette crise des denrées de base est une fausse crise, et qu'il s'agit fort probablmement d'un savant mélange de spéculation, mauvaise gestion des terres et de politiques néolibérales plus nuisibles qu'efficaces.

Question de me faire comprendre qu'elle est la situation sur le terrain, NASSA a décidé de m'amener à Butuan, Mindanao, visiter leur ferme-école où ils forment des fermiers à l'agriculture bio et aussi me faire rencontrer une de leur organisation de fermiers. Inday, Jerry et leur 10 enfants m'ont chaleureusement ouvert les portes de leur maison et ont partagé avec moi leur vision de l'agriculture bio.

Pour Jerry, c'est simple: l'approche bio, non seulement, lui permet d'être en meilleur santé physique mais aussi financière. Le problème avec les graines hybrides explique Jerry, c'est qu'elles demandent des soins constants, des fertilisants, beaucoup de pesticides et tout ça pour des résultats pas toujours probant. L'engrais chimique est dispendieux, de même que les herbicides et pesticides...en plus les frais d'hopitaux et de santé augmentent car trop souvent des accidents arrivent avec ces agents chimiques. Aussi,les fermiers sont à la merci des cartels du riz, qui sont les mêmes qui vendent graines, engrais et autres!! L'approche bio, si plus exigeante en terme de labeur au début du processus, est tout de même gagnante parce que ça réduit, voir même cesse la dépendance envers les intermédiaires. Selon Inday et Jerry,leur production est demeurée pratiquement la même depuis qu'ils sont devenus 100% bio. Ils vendent une partie de leur récolte directement au marché local et en garde une autre pour leur consommation personnelle. Un autre aspect de l'approche bio qui les intéresse est l'intercroping et l'élevage d'animaux. Ainsi dans les rizières de Jerry, on retrouve des canards, poulets, karabaos, chèvres, bananiers, cocotiers... Évidemment, ce n'est pas encore l'auto-suffisance, mais on s'en approche!! C'est surtout la fin d'un système d'exploitation qui favorise le cartel du rix au détriment des fermiers qui les réjouit le plus. Ce qui désole Jerry est l'importation de riz par les Philippines. Selon lui,et plusieurs autres (!) en ayant des politiques agricoles plus favorables aux fermiers locaux, les Philippines et les philippins seraient moins vulnérables aux aléas du marché! Ça c'est une queston pour FDC et PARRDS et croyez-moi ils s'en occupent!!